Je lance ce sujet, car je pense que différents points de vue sur ce sujet technique pourraient être intéressants. Je précise que sur cette question, et sur toutes les autres, j'ai l'intention de prendre l'attache de mes instructeurs référents; mais je "sonde" d'abord.
Parmi les modification substantielles apportées par le GNR PSE1, désormais officiel, on compte la disparition des points de compression à distance.
Je ne fais pas partie des moniteurs qui hurlent à la mort à ce sujet. Je suis pragmatique, et un rapide sondage parmi un panel non représentatif de sapeurs-pompiers m'a amené à la conclusion que l'utilisation effective de cette technique est rarissime (sur 15 SPV et SPP présentant des temps de carrière supérieurs à 15 ans, AUCUN n'a jamais mis en oeuvre un arrêt d'hémorragie par point de compression à distance).
En pratique, un peu de logique permet de comprendre cet état de fait: la plupart du temps, soit l'hémorragie a été arrêtée par la victime ou les témoins avant l'arrivée des secours; soit le saingement n'était pas si important et des techniques simples permettent de le stopper dans la première minute de l'intervention, soit la victime a fait un choc hypovolémoque avant l'arrivée de l'équipage, et le pronostic vital est quasiment nul (probabilité d'une transfusion rapide et d'une récupération après ACR plus que médiocre).
C'est pourquoi, en soi, la disparition des points de compression axillaire, huméral, sous-clavier et fémoral ne me fait ni chaud ni froid. D'autant plus que la pose de garrot, même si elle présente des risques certains sur le plan fonctionnel à moyen terme, tend à se banaliser au moins sur le plan de la formation grand public.
Néanmoins, l'arrêt d'hémorragie au niveau du cou, tel qu'impliqué par le GNR, me pose un problème.
L'artère carotide est la plus grosse artère de surface du corps humain. En moyenne, on estime qu'il faut moins d'une minute à un individu pour se "vider" en cas de plaie hémorragique atteignant une carotide; ceux qui ont assisté à l'égorgement d'un cochon savent de quoi je parle.
La technique qui découle du GNR, partie 6, pour une telle hémorragie, se résume à 2 options.
S'il n'y a pas de corps étranger, la compression directe. Le GNR dit (p. 97):
"comprimer directement l’endroit qui saigne, avec les
doigts ou la paume de la main"
Mon problème est le suivant: comprimer l'artère avec la paume de la main, au niveau du cou, est bien entendu hors de question; cela présenterait un risque de traumatisme de la trachée, sans même parler des cervicales. Il faut donc comprimer avec les doigts.
Si je me contente d'appuyer avec le bout des doigts, je doute que cela suffise. J'ai alors 2 options:
1- enseigner malgré tout l'ancienne technique d'arrêt d'hémorragie carotidienne (le pouce venant comprimer l'orifice de la plaie).
2- remplacer ma compression par un pansement compressif, ce qui me ramènerait au risque concernant la trachée (en gros: j'étrangle la victime).
S'il y a un corps étranger, le problème devient encore plus drolatique. Car on en vient à la p. 98, qui dit:
"Si le saignement d’une plaie avec corps étranger
est important, réaliser une compression, en
appuyant immédiatement de part et d’autre de
l’objet tout en rapprochant les berges de la plaie"
Sur un membre, je peux envisager cette technique sans trop de problème. Mais sur le cou, est-ce que quelqu'un a une idée de la façon de procéder, en tenant compte des remarques que j'ai faites plus haut?
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